Golfe du Morbihan
Atlantic Challenge
Défi breton
Fête des voiles rouges

Histoire de la Yole de Bantry

De Brest à Bantry

Le départ est donné de Brest le 15 décembre 1796, à 11h. La rade s'anime, le vent enfle les voiles, les amarres sont larguées, et les navires commencent à s'éloigner de leur mouillage, mais l'incompétence des équipages, inexpérimentés, provoquent fausses manœuvres et abordages (Pégase et Nestor…). Hoche fait mouiller la flotte une journée au mouillage de Camaret, pour attendre les deux vaisseaux de Richery. La flotte quitte le mouillage le 16 décembre.

L’escadre côtière anglaise, chargée de surveiller et assurer le blocus de Brest, situé à une quarantaine de milles à cause des tempêtes hivernales, constate la sortie de la flotte française, envoie deux bâtiment pour prévenir la flotte et l’amirauté Britannique, et se rapproche pour tenter de contrarier les français. La flotte française, apercevant ces voiles, croit qu’il s’agit d’une escadre plus importante. Elle décide d’emprunter le raz de Sein. Le chenal est étroit et dangereux. De Galles envoie des corvettes en éclaireurs leur demandant de lancer des feux éclairants afin de guider le reste de la flotte dans la nuit. Certains bâtiments prennent l’initiative de suivre une autre route, d’autres n’ont pas compris les ordres modifiés et suivent la route initiale. Les britanniques observent les feux éclairants, et tirent à leur tour des bombes et des feux éclairants dans des directions aléatoires. Cette manœuvre provoque la confusion.

Le Séduisant, vaisseau de 74 canons, se perd ainsi sur une roche, le Grand Stevenent (Ilot Tévennec), le 16 décembre. 680 hommes sur les 1 300 sont perdus. Les fusées de détresse du Séduisant ajoutent à la confusion, et retardent le passage de la flotte jusqu’à l’aube.

Les navires sont séparés en divers groupes. Une série d'accidents accablent la bonne marche du projet, la confusion et le désespoir gagnent les officiers. Laissés à eux-même, les commandants décachètent les instructions prévues. Ils doivent faire cap sur la pointe de Mizzen Head, au sud-ouest de l’Irlande, puis gagner la baie de Bantry.

Fraternité, la frégate sur laquelle Morard de Galles et Hoche ont pris place, accompagnée des Nestor, Romaine et Cocarde, cherchent le reste de la flotte mais la manque dans le brouillard. Apercevant une frégate anglaise, Fraternité fuit seule vers l’Ouest, mais mettra trop de temps à rejoindre Mizzen Head : ils arriveront après le départ du gros de la flotte.

A terre, les Irlandais mettent du temps à comprendre ce qui se passe à la vue de l'approche des quelques navires parvenus jusque-là, si bien qu'ils sont partagés entre crainte et satisfaction, en fonction de leurs convictions contre les anglais, ou contre la révolution française. Les premiers vaisseaux, recevant la visite de pêcheurs croyant avoir affaire à des vaisseaux britanniques, sont réquisitionnés comme pilotes. Mais une grande partie de l'escadre lutte encore en mer contre les éléments qui se déchaînent, et les avaries qui se succèdent, louvoyant en vain pour tenter d'approcher les côtes de l'île d'émeraude.

Le 21 décembre 1796, la plus grosse partie de la flotte arrive en baie de Bantry. 33 navires sont présents. Une nouvelle tempête se lève. Le vent souffle en tempête, avec une alternance de rafales de neige et de bancs de brume. Ces conditions extrêmes mettent en difficulté toute la flotte qui louvoie à l'entrée de la baie ou essaye de rester à l’ancre. La météo déplorable empêche le ralliement des bâtiments et interdit les communications par embarcations. Un débarquement concerté est impossible. Durant trois jours, contre la furie d'un vent d'Est qui se déchaine, la flotte française, tant en équipement qu'en hommes, va s'affaiblir dramatiquement. La situation des mouillages est critique. Plusieurs navires dérapent sur leurs ancres, et sont contraints de couper les amarres et se mettre à la cape.

Le 25, le vaisseau Droits de l'homme perd une ancre et ses amarres se rompent. La frégate l'Immortalité dérive, l'Indomptable refusant l'ordre de lui venir en aide. L'Indomptable perd ses voiles et dérive, rejoint par le Pluton. La Révolution et la Constitution se percutent. Le Révolution casse ses câbles et doit appareiller, contraint par la tempête qui ne faiblit pas.

C’est la pire tempête depuis 1708. Wolfe Tone s'effondre de désespoir : « Je ne vois rien devant moi, à moins qu'un miracle ne se produise en notre faveur. Je vois la ruine de l'expédition, l'esclavage de mon pays et ma propre perte ».

Hoche et Morard de Galles ne sont toujours pas au rendez-vous. Le transport Allègre, qui transporte les poudres, est lui aussi absent. Pendant plusieurs jours, l’Amiral Bouvet et le Général Grouchy attendent une accalmie qui permette le débarquement. Elle ne vient pas. Ils décident de rentrer à Brest le 29 décembre, et envoient le signal de retour.

Mais tous les navires ne voient pas le message. Ceux-là continuent à suivre les consignes écrites, qui prévoyaient, en cas d’échec à Bantry, un deuxième rendez-vous à l’entrée de la rivière Shannon. Ils s’y rendent espérant pouvoir tenter le débarquement, mais celui-ci est toujours impossible. Manquant de vivres, ils décident à leur tour de rentrer en France.

Page suivante